Inia Taylor: ma rencontre avec Paulo Sulu’ape
Le tatoueur maori Inia Taylor qui fut l'élève de Paulo Sulu'ape raconte sa rencontre avec le maître.
Ca m'a pris pas mal de temps pour le rencontrer car il n'était pas facile à approcher. Il était assez méfiant. Il m'a dit: "Ne viens pas au shop, viens chez moi." Donc, j'étais là, assis à côté de lui sur le canapé. Il ne disait rien. Je lui ai tendu quelques magazines et je lui ai montré quelques articles. Alors, il a réalisé qui j'étais et ce
que j'avais fait. Il avait vu Once Were Warriors (film Néo-Zélandais pour lequel Inia a dessiné les tatouages maori). Il a dit: "Oh, c'était toi!" Le mur de la pièce était couvert de photos. "Parmi les photos, j'ai vu celle de mon arrière-arrière-grand-père, Weremu Te Manawha. J'ai dit à Paulo: "Qu'est-ce que tu fais avec une photo de mon arrière-arrière-grand-père sur ton mur?" Il a répondu: "On me l'a donnée à la résidence de
la reine maori. Weremu Te Manawha était l'uns des derniers tatoueurs maoris". J'ai dit: "Je sais." Il a dit: "Où étais-tu pendant tout ce temps?" Il avait essayé de trouver des tatoueurs maoris pour commencer à leur enseigner les outils traditionnels, mais il ne savait pas où ils étaient. Heureusement, il m’a fai confiance. Il m'a enseigné toutes les techniques traditionnelles.
Personne ne savait qu'il était aussi un artiste incroyable
avec à la machine. Il savait dessiner des portraits magnifiques. C'était aussi un grand peintre. Il avait de nombreux talents. Il m'a appris a travailler avec des machines de tatouage et comment les fabriquer. Nous en avons fabriqué beaucoup ensemble.
UN ART A PLEIN TEMPS
Lorsque j’ai rencontré Paulo Sulu’ape, je travaillais encore dans l'industrie cinématographique. J’ai continué à le voir pendant les week-ends.
Un jour, il m'a demandé: "Inia, en tant que Maori, tu enlèves tes tatouages, le week-end?" J'ai répondu: "Non. Je les porte tous les jours de la semaine." Il a dit: "Comment peux-tu demander aux gens que tu tatoues plus que ce que tu n'exiges de toi-même?" ce qu'il voulait dire, c'était: comment peux-tu demander à ces gens de donner leur corps et leur peau 24 heures par jour si tu n'es intéressé à le faire que les
week-ends. Je n'avais rien à répondre à ça. Alors j'ai demandé: "Qu'est-ce que je devrais faire?" Il a dit: "Tu peux ouvrir un shop pour que n'importe qui puisse venir te poser des questions. Tu serais au même endroit chaque jour et tu serais responsable de tes actes. Tu arrêteras de te déplacer et de tatouer à différents endroits. Tu devrais avoir un endroit honorable pour faire ça.
Alors, en 1988, j'ai ouvert le premier tattoo shop spécialisé dans le tatouage maori au monde: Moko Ink, à Auckland dans l'Île Nord [de Nouvelle Zélande]."
Extrait d'une interview de Rik van Boeckel. Traduction française: Philippe Meunier. Retour à la page de la convention de tatouage aux Samoa 2009 |